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Près de Nantes. Pollution des nappes phréatiques : le grand flou

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En France, la majorité des points de captage sont touchés par la pollution à l’ESA-métolachlore. © Ouest-France

Les nappes phréatiques du Plessis-pas-Brunet, au nord de Nantes, sont polluées par une molécule présente dans les herbicides. À l’heure actuelle, il est difficile d’y voir clair et donc de lutter contre.

L’ESA-métolachlore. Un nom qui ne vous dit sans doute rien. Pourtant, la substance est présente dans l’eau potable. C’est le nom du produit de décomposition du S-métolachlore, un herbicide principalement utilisé sur le maïs et les haricots.

En Loire-Atlantique, cette molécule est notamment présente dans l’eau puisée dans les deux nappes phréatiques du Plessis-pas-Brunet, qui alimentent les réseaux de Blain, Casson, Grandchamps-des-Fontaines, Héric et Notre-Dame-des-Landes.

Cette pollution existe depuis longtemps, mais elle n’a été détectée que fin 2015, grâce aux nouvelles analyses mises en place par l’Agence régionale de santé (ARS).

Côté réglementation, la concentration maximale autorisée par pesticide dans l’eau potable est de 0,1 microgramme/litre. Or l’ESA-métolachlore dépasse continuellement ce seuil.

Le 18 mars, la teneur était de 0,38 microgramme/litre dans l’eau traitée du Plessis-pas-Brunet. Autre impératif : la somme des substances ne doit pas dépasser 0,5 microgramme/litre pour les pesticides. Et à partir d’une concentration globale de 2 microgramme/litre, impossible de transformer l’eau non traitée en eau potable. Or l’ESA-métolachlore n’est pas le seul herbicide ou pesticide détecté dans ces eaux.

Prévenir des pollutionsaccidentelles

« Nous achetons l’eau au Syndicat d’alimentation en eau potable (SAEP) de la région de Nort-sur-Erdre » , détaille Laurent Caderon, directeur général chez Atlantic’Eau, le syndicat chargé de distribuer et transporter l’eau potable. Au Plessis-pas-Brunet, quatre points de captage sont présents dans deux nappes éloignées de 50 mètres l’une de l’autre. Ils sont classés prioritaires, en raison de la pollution par les nitrates, qui a, en premier lieu, attiré l’attention. Prioritaires aussi parce que ces nappes alimentent plusieurs communes. « Ses terres sableuses s’avèrent sensibles aux produits utilisés, qui la traversent facilement. Alors, des actions ont été entreprises pour prévenir les pollutions accidentelles, mais pas celles continues et diffuses ! Les filtres à charbon en grains mis en place n’arrivent pas à tout traiter. Un charbon actif différent, en poudre, pourrait le faire, mais il n’est pas utilisable sur ce dispositif. Il faudrait investir pour modifier le système. Nous espérions que la prévention limiterait la pollution. On préfère prévenir plutôt que traiter. »

Les terres sableuses perméables aux produits utilisés dans l’agriculture ou par les particuliers ne sont pas seules en cause. « Le fonctionnement des nappes est encore assez méconnu » , détaille Nathalie Keravec, en charge du Service gestion de la ressource. « Et les deux nappes, tout en étant proches, ne sont pas impactées de la même manière. L’une est plus polluée que l’autre. De plus, nous avons effectué une datation des eaux : il s’avère que nous sommes en présence d’un mélange d’eaux qui ont entre cinq ou six ans, et vingt ans ! » Ce qui modifie la perception des analyses, reflets du passé et non du présent.

« Sur cette nappe, les efforts ont été menés en direction des nitrates », donc avec l’ESA-métolachlore. « C’est une nouvelle donnée que nous devons analyser. Il n’y a pas de modèle universel. En Loire-Atlantique, chaque point de captage est différent. Chacun a ses périmètres de protection, ses règles qui régissent l’utilisation des terres, et les agriculteurs s’adaptent. »

Pour compliquer le tout, on ignore quelle est la durée de vie de ces résidus d’herbicide.

Les études, peu nombreuses et contradictoires, donnent des résultats qui oscillent entre… deux et vingt ans ! Difficile de dater la pollution dans ces conditions. Le grand flou se retrouve aussi dans les consignes de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Le 2 janvier 2014, l’agence publie un document dans lequel elle décrète que pour l’eau potable, il faut ramener au maximum la pollution aux pesticides/herbicides à 0,1 microgramme/litre. Tout en donnant, dans le même document, une autre valeur maximale : celle de 510 microgramme/litre.

Un nouvel avis attendu

Un point qui interpelle le syndicat d’eau. Jean-Pierre Gergaud, vice-président d’Atlantic’eau, souligne l’ambiguïté : « L’écart entre les différentes normes de l’Anses est énorme. Un nouvel avis est attendu, qui pourrait nous aider dans nos décisions. Et nous aimerions aussi que le système d’homologation évolue, pour que les produits mis sur le marché ne se retrouvent plus dans l’eau ! » Car en attendant, les agriculteurs, premiers concernés sur place, doivent s’adapter à des normes et des produits fluctuants.

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Les agriculteurs prennent la parole

Des agriculteurs ont créé Agri-eau-Nort pour maintenir une culture durable sur les 2 400 ha du périmètre de captage de la nappe phréatique.
Des agriculteurs ont créé Agri-eau-Nort pour maintenir une culture durable sur les 2 400 ha du périmètre de captage de la nappe phréatique. | Ouest-France

Au Plessis-pas-Brunet, on cultive la terre depuis toujours. Pour lutter contre les polluants, dont l’ESA-métolachlore, les agriculteurs ont créé Agri-eau-Nort.

L’association a pour but de maintenir une culture durable sur les 2 400 ha du périmètre de captage de la nappe phréatique. Une partie de ses adhérents a accepté de s’exprimer sur ce sujet sensible.

« Nous avons vraiment été informés début 2017 et les quantités d’ESA-métolachlore dépassent de loin ce qui est utilisé. Sur le maïs, c’était le cas il y a près de trente ans. Aujourd’hui, nous avons d’autres solutions mécaniques ou chimiques. Les haricots et flageolets sont concernés, mais ça ne représente que 35 ha, une toute petite superficie. Et c’est parce qu’on n’a rien d’autre pour lutter contre la morelle du haricot. Si elle est présente, les récoltes sont perdues. Nous vivons sur ces terres, nous avons des enfants. Nous sommes concernés par la qualité de l’eau et on essaie de faire en sorte que l’agriculture ait le moins d’incidence possible. Chaque année, des produits phytosanitaires sont retirés, et nous devons trouver des solutions. »

Et avec moins de produits utilisables, les agriculteurs ont forcément davantage recours à ceux qui restent, donc mécaniquement on retrouve une plus grande concentration des mêmes molécules.

Alors, pour pallier les manques, et utiliser moins de produits au bon moment, des solutions sont mises en place.

« Nous avons des outils d’aide à la décision pour traiter au mieux, avec le moins de produits possible, en fonction de la météo. Certains insecticides ont été remplacés par des pièges à phéromones. Les choses évoluent. Si des substances sont dangereuses, il est normal qu’elles soient retirées, mais il nous faut des solutions ! Par ailleurs, on ne comprend pas que la France importe des aliments traités avec ces mêmes substances. »

Lorsqu’on leur parle d’accompagnement, les agriculteurs sont unanimes : « Nous ne voulons pas des subventions. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une revalorisation de nos productions pour avoir des comptes à l’équilibre qui nous permettent de faire des tests sur une partie de nos terres et trouver d’autres méthodes. Parce que si on perd nos cultures alors qu’on est déjà en difficulté, c’est infaisable. Nous regardons aussi ce qui est mis en place ailleurs, mais ce n’est pas toujours transposable. » Des démarches effectuées sur base de volontariat et en collaboration avec le syndicat d’eau.

 
Ouest-France  

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