Le village est divisé par l'affaire de viol
L'entrée du bourg de la Chapelle-Saint-Sauveur, où vivait Loïc Sécher avant d'être condamné pour viols et emprisonné.
Condamné pour viols, mais innocenté par celle qui l'accusait, Loïc Sécher saura aujourd'hui s'il peut sortir de prison.
C'est un bourg avec son église, ses deux écoles, ses trois commerces, ses quatre rues en forme de centre-ville, sa quinzaine d'exploitations agricoles. Et son affaire judiciaire qui dure depuis huit ans. La Chapelle-Saint-Sauveur, 727 habitants en Loire-Atlantique, à deux pas du Maine-et-Loire.
C'est ici que vivait Loïc Sécher avant de rejoindre sa cellule de la prison de Nantes. Ici qu'il a été accusé de viols, tentatives de viols et agressions sexuelles par une voisine de 14 ans. Par trois fois, entre 2003 et 2005, la justice l'a jugé coupable. Mais aujourd'hui, la jeune fille devenue femme s'est rétractée.
« Un sujet tabou »
Loïc Sécher, qui a toujours clamé son innocence, demande donc la révision de son procès. En attendant de trancher cette question, la commission de révision des condamnations pénales décidera ce lundi après-midi, à Paris, si sa demande de suspension de peine lui est accordée. C'est-à-dire s'il peut, dès à présent sortir de prison.
Loïc Sécher a déjà écrit au maire, Claude Bricaud, pour lui demander un logement à la Chapelle-Saint-Sauveur. Il veut revenir dans son village, où vit toujours une partie de sa famille. Mais sur place, l'affaire ne met pas tout le monde très à l'aise. « C'est devenu un sujet tabou ici, car il y a des gens de La Chapelle qui ont témoigné contre Loïc lors des procès, » raconte Daniel Picard, l'un des membres du comité Justice et Vérité qui soutient Loïc Sécher et compte environ 150 membres.
Une petite dame blonde, qui préfère garder l'anonymat, confirme : « Les gens sont très discrets, ils ne font guère mention de leur position. Et puis, ça les embête que ça se passe ici, une petite commune qui se voudrait sans histoire ! »
Certes, le village compte quelques nouveaux habitants. Mais la plupart ici ont connu Loïc Sécher. Et l'affaire divise. « Certaines personnes ont hâte qu'il sorte, mais d'autres, au contraire, ne sont pas pressées. Il y a un peu de tension autour de tout ça. Lorsqu'on aborde le sujet, parfois, des gens s'en vont », raconte Marie-Noëlle.
Interrogé, le maire évite le sujet. À la sortie de l'école, certaines mamans bottent en touche. « Oh moi, j'habite à l'extérieur, pas dans le bourg, alors ce qui se passe ici, je n'écoute pas ! » En attendant, à La Chapelle-Saint-Sauveur, les journaux qui évoquent l'affaire se vendent comme des petits pains...
Claire DUBOIS.
Ouest-France